Si j’étais un cheval – Sous la selle

Cavalcade des blogs

Cet article fait partie de la Cavalcade des blogs, organisé chaque mois. Cette huitième édition est organisé La Cavalière Blonde sur le thème « Si j’étais un cheval ».

Choisissez une situation vécue avec votre cheval, racontez-là de son point de vue.

Nous voici donc dans la peau d’un cheval, un cheval sous la selle.

Sous la selle

Je veux bien tout ce que veux ma cavalière. Je me laisse passer le licol ; je ne broute pas sans son assentiment ; je la suis en longe ; j’exécute à sa demande toutes sortes de mouvements à pied. J’ai toujours été de bonne volonté avec les humains. Ils ont des demandes curieuses, mais je me sens bien à leurs côtés.

En revanche, je n’ai jamais vraiment aimé ce qu’on me pose sur le dos, ce qu’on me resserre sur le ventre. Cette pression engendrée le long de la colonne me fait tressaillir. Une douleur fulgurante, amplifiée dès que le poids de ma cavalière se fait sentir sur mon dos. Elle tortille des fesses au-dessus de moi, et c’est comme si l’on me plantait une grosse aiguille dans l’épaule gauche et mille minuscules épingles dans les lombaires.

Je veux bien tout ce que veux ma cavalière, mais là, je n’en peux plus. La seule vue de la selle m’affole. Je veux bien tout ce que tu veux, mais pas ça. Allons marcher ensemble, côte à côte, comme au début. Demande-moi des pas de côté, de reculer, ou des cercles en main. Reprenons les longues rênes et les jeux de cirque.

C’est tout ça que j’essayais de lui faire passer, en sautillant comme une furie à l’attache, alors qu’elle essayait tant bien que mal de poser son instrument de torture sur mon dos. J’étais si agitée qu’elle a fini par reposer la selle au sol. Elle s’est assise à côté de moi. Elle me regardait, elle paraissait inquiète. Moi, je tremblais légèrement.

M’a-t-elle entendu ? Après cet épisode, je n’ai plus vu l’ombre d’une selle pendant un moment. Nous avons repris les longues rênes, les promenades côte à côte, la gymnastique en main et les jeux de cirque. Si j'étais un cheval - sous la selle

J’aurais dû me douter que ce répis n’était que temporaire. Un jour, après le pansage, elle a posé des petites équerres sur mon garrot. Elle a pris des photos de mon dos. Elle bricolait je-ne-sais-quoi au sol tandis que je soupirais, ennuyée. Pourquoi ne fait-on rien ? Puis, elle a soulevé ce gros machin noir et l’a placé à hauteur de mes naseaux. Cela sentait le neuf et le plastique. Elle l’a éloigné de moi lorsque j’ai voulu y goûter. Mon sang n’a fait qu’un tour lorsqu’elle a soulevé l’objet près de mon dos. Non ! J’ai fait un violent écart, d’un côté, puis de l’autre, dans la limite imposée par l’attache. Que la selle soit d’une couleur et d’une odeur différente ne changeait rien à mon problème. Cette selle allait s’installer sur mon dos et me faire si mal…

Ma cavalière l’a compris, je crois, mais cette fois, elle s’est entêtée. Elle m’a demandé si j’acceptais qu’elle reste à côté sans essayer de la poser sur mon dos. J’ai dit oui. Elle a reposé la selle et m’a laissé me détendre. Ensuite, elle m’a demandé si j’acceptais que cet objet soit au-dessus de mon dos sans y être posé. J’ai encore dit oui, et elle m’a laissé souffler un moment. Pour finir, elle l’a posé brièvement et l’a retiré immédiatement. Je n’ai pas eu le temps de m’affoler, et c’était tout pour aujourd’hui.

Le manège a recommencé le lendemain. Les premières fois, je me crispais de la tête à la queue lorsque la selle était sur mon dos. Mais comme la douleur n’arrivait pas, et que la selle était retirée aussitôt, j’ai fini par me détendre. Puis, ma cavalière a laissé la selle sur mon dos. Je ne ressentais pas de douleur. Elle a resserré la sangle, doucement. Une légère pression s’est fait sentir, de part et d’autre de ma colonne. Une pression large, égale de chaque côté. Ce n’était pas désagréable, c’était plutôt comme un massage.

Et j’ai réalisé : une selle, ça peut être confortable !

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13 commentaires

  1. Cet article est tout simplement génial !!! Ca rappelle bien à quel point il est important d’avoir une selle adaptée au dos de son cheval !
    Parce qu’on les aime, et qu’il faut savoir les écouter !

    Ton article c’est un vrai coup de coeur !

  2. Il est génial ton texte ! Et en plus tu es restée dans le thème de ton blog, c’est trop chouette. Pour une fois, on a le point de vue d’un cheval vis-à-vis de la selle. J’ai toujours voulu savoir ce qu’ils ressentent, ton article m’en a donné encore plus envie. J’adore !! 🙂

    Et je voulais t’envoyer l’article, mais gros souci de réseau, boîte mail inaccessible sur l’ordinateur. La poisse…

  3. Merci les coupines, vos commentaires font trop plaisir !

    Mince Amaya :/ ne t’inquiètes pas pour l’article, mais je suis désolée que tu continues à avoir des galères d’informatique !

    • C’est gentil merci. Mais ça m’embête quand même, à chaque fois je te dis que ton article est prêt, et il m’arrive des bourdes.
      Ma foi pour le faible réseau que j’ai en vacances, je n’y peu pas grand chose. J’espère quand même que ça va s’arranger pour pouvoir accéder à ma boîte mail et te l’envoyer :).

  4. Bien vu ce message du cheval qui souffre et se fait entendre.
    Combien d’entre eux ne sont pas entendus, ni même écoutés ??

    Vraiment bien d’oser écrire sur ce sujet. J’adhère complètement 🙂

  5. Merci de remarquer que c’était « osé » 🙂 à vrai dire, j’ai beaucoup hésité, notamment par honte d’avoir causé tant de douleur à ma pauvre loute. Car avant de réaliser qu’elle ne pouvait plus voir la selle en peinture, combien de signes ai-je loupé ?… Big up à saddlefitting.fr, à l’occasion, dont les articles m’ont bien aidé.

  6. C’est très bien vu et bien dit. Mais maintenant je suis curieuse de connaitre le point de vue de la cavalière: comment as-tu fait pour adapter la selle au cheval?

  7. J’ai lu saddlefitting.fr en long, en large et en travers. Et ensuite… J’ai tout relu ^^ J’ai appliqué comme je pouvais, j’ai posé des questions sur des forums et posté des photos de ma choup’ avec sa selle, sans sa selle, de dos, de côté, etc. Mais comme ça reste du boulot amateur, je fais venir un vrai saddlefitter bientôt qui va confirmer que rien ne lui fait mal, ou bien réadapter la selle, voire la changer, s’il le faut !

  8. Top ! Un bon texte pour comprendre la douleur engendré par une selle sur le dos de nos pauvres chevaux. Si seulement on enseigner ça dans les centres équestres … le monde de l’équitation serait presque parfait !!! 😀

  9. Je suis bien d’accord, ça doit être enseigné ! Je suis sûre que ça viendra, même si ça doit mettre un peu de temps 🙂 Après tout, quand j’ai commencé l’équitation, on ne nous apprenait pas à gérer un cheval à pied, et maintenant c’est au programme !!

  10. Pingback : Le saddle fitting en France en 2014 - Ekitado

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